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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 22:30
Le site d'une association, DNF, comme Droit des Non Fumeurs, traite aujourd'hui de cette question.

D'abord une page relative à un communiqué de presse accessible ici.

Un extrait pour ce qui concerne le monde du travail et l'inspection :

" Un sondage TNS Direct – DNF démontre que près d’une entreprise française sur quatre ne respecte plus l’interdiction de fumer dans ses locaux. De nouveau confrontés au tabagisme passif, des salariés n’ont aucun moyen de faire respecter leurs droits en raison du refus de l’Inspection du travail d’intervenir sur ce point. "

Ensuite un rapport de 76 pages, nécessairement plus détaillé, dont le titre est "Le tabac en France entre 2006 et 2009 - Évolution des comportements, détournement de la Loi et nouvelles MENACES" visionnable au format PDF, d'un clique là.

Quelques extraits choisis :

Dans la partie "historique" : "La Direction du travail a fait preuve d’une insolente opposition à l’égard des prescriptions de la loi Évin, allant jusqu’à demander à ses inspecteurs de vérifier qu’aucune allusion à la dite loi ne soit faite dans les règlements intérieurs des entreprises. Considérées ouvertement comme liberticides, les mesures contenues dans cette loi ne devaient en aucun cas être soumises au contrôle des inspecteurs du travail."

Dans une partie plus actuelle (page 26/27 avec la numérotation imprimée) : "Il est également difficile de s’appuyer sur les agents chargés du contrôle. DNF en viendrait presque à regretter sa plaidoirie de 2006 en faveur de l’amende de 4ème classe, au motif qu’elle peut être infligée directement à l’aide du timbre-amende, contrairement à l’amende de 5ème classe. Ce faisant, DNF pensait retirer aux tribunaux, déjà très embouteillés, la charge de régler les petites infractions tout en facilitant la tâche des agents assermentés qui, plutôt que de transmettre une procédure complexe au procureur de la République, n’auraient désormais plus qu’à remplir un formulaire simple et à le remettre au contrevenant. Il est très regrettable et préjudiciable au bon fonctionnement de la démocratie que les demandes d’intervention afin d’obtenir le contrôle et la répression des infractions ne soient quasiment jamais reçues et, encore moins, exploitées par ceux qui en ont la charge. Cet échec cuisant dans l’implication des agents de contrôle a pour effet un recul dans la qualité d’application du décret du 15 novembre 2006 qui pourtant avait été exemplaire à son départ. Les ministres concernés ne peuvent pas faire l’impasse sur la recherche des raisons internes qui ont incité l’ensemble de ces agents, inspecteurs du travail compris, à négliger cet aspect de leur fonction. Avant de pouvoir diminuer les actions de contrôle, il fallait au moins attendre que les habitudes du public aient changé. Il fallait également qu’un minimum de vigilance demeure et que soient au moins prises en compte les rares demandes
des associations."

Sur les évolutions récentes : "Les inspecteurs du travail, entre le mois de février et le mois d’avril 2007 ont effectué un travail très utile de surveillance de l’application du décret. Ils ont ainsi visité plus de 2 000 entreprises, distribué des avertissements et infligé des amendes aux patrons les plus réticents. Cette volonté affirmée n’a malheureusement pas été de longue durée et les petites et moyennes entreprises s’en sont rendues compte. C’est donc avec un rythme  accéléré que parviennent à nouveau chez DNF des plaintes de salariés auxquels on impose à nouveau le tabagisme ambiant, en les menaçant souvent de mesures de rétorsion lorsqu’ils osent demander le respect de la loi."

Et enfin un témoignage (page 58 avec la numérotation imprimée) : "J’ai envoyé un courrier à la médecine du travail et la direction du travail pour le tabagisme que je subis dans l’entreprise où je suis. Par téléphone, la médecine du travail m’a dit que c’était l’affaire de la direction du travail et l’inspection du travail m’a dit l’inverse ; donc personne ne veut rien faire. Une secrétaire de la direction du travail m’a même dit que ce n’était pas grave. Que faire ? » 01-08-2008"



Et maintenant mes réactions, pour dire, tout d'abord, que je suis globalement d'accord, mais que deux réserves importantes doivent être apportées.

Ma première réaction est pour dire que l'inspection du travail n'a pas vocation à traiter tout ce qui se passe dans les entreprises. Si un salarié tue son patron (ou inversement) avec un pistolet, l'inspection du travail ne sera pas a priori le service qui aura vocation à traiter le dossier.....

Oui, le tabagisme passif tue, et semble (même si les statistiques sont difficiles à affiner) tuer plus sur les lieux de travail que les accidents du travail (mais rien de très surprenant à la limite : les accidents du travail sont visibles et le lien de cause à effet est facile à faire, alors que les maladies générées par le travail, comme les maladies générées par le tabagisme passifs sont plus nombreusent, tuent plus, handicapent plus, rendent plus malade, mais d'une manière différée et plus compliquée à mettre en lumière [les personnes concernées n'en ont d'ailleurs pas nécessairement conscience]).

Et l'action de l'inspection du travail n'est certes pas débordante en la matière. Elle n'est pas nulle pour autant. Il m'arrive régulièrement de faire un rappel à la règle (pas à chaque visite non plus, mais dès que je vois quelqu'un qui fume dans un local qui est ou devrait être interdit, c'est à dire tous sauf les pièces réservées aux fumeurs et aux fumeuses pour leur pause cancer). Il m'est même un jour arrivé d'avoir un salarié qui a devant moi, sachant qui j'étais, allumé sa cigarette (poids des habitudes, sentiment d'impunité et que ce n'est pas dangereux pour les autres... nous n'étions que quatre dans la pièce et il avait régulièrement un collègue avec lui dans la mêem pièce, qui débutait et ne risquait donc pas de demander à son collègue de fumer à l'extérieur seulement).

Ma seconde réaction, pas seulement par reflexe de défense corporatiste (enfin j'espère, mais je ne suis par définition pas le mieux placé pour me prononcer sur cette question), est pour dire qu'on oublie peut être un peu vite le premier concerné par l'application de la loi dans l'entreprise : l'employeur. Non seulement l'action se passe dans ses locaux, non seulement il est là régulièrement et/ou il dispose de relais dans l'entreprise qui respectent ses consignes (la hiérarchie), mais en plus il dispose d'une possibilité bien plus incitative que le timbre amende pour faire respecter la règle : il dispose du pouvoir disciplinaire, qui peut aller jusqu'au prononcé du licenciement.

Bien plus que l'inspection du travail, l'employeur va donc, simultanément, connaître la situation anormale (l'agent de contrôle qui "passe" dans l'entreprise risque de ne pas passer au bon moment ou au bon endroit, ou d'être rapidement signalé dans l'entreprise), et disposer des moyens de faire cesser cette situation. Le rôle de l'inspection du travail ne devrait, dans l'idéal, être qu'un rôle de contrôle de l'employeur, soit qu'il fume lui même, soit qu'il laisse certains salariés en enfumer d'autres.

Bien évidemment, la situation sera plus facile s'il y a des représentants du personnel et/ou des syndicats dans l'entreprise et qu'ils remplissent leur mission, permettant soit de résoudre la situation, soit de faciliter l'intervention de l'inspection du travail face à un employeur dont la mauvaise foi sera avérée.

Et dans tous les cas, l'agent de contrôle sollicité peut à mon sens difficilement refuser de faire : il peut renvoyer vers les représentants du personnel car leur intervention sera plus facile, mais s'il n'y en a pas, ou s'ils ne remplissent pas leur rôle, alors refuser de donner suite à une réclamation serait refuser de traiter une réclamation qui semble justifiée et sur laquelle l'agent de contrôle à compétence sur le plan juridique et un moyen de sanction à sa disposition. Et si l'inspection du travail ne traite pas ce type de cas, autant ne plus rien traiter du tout. Je ne garantirais cependant pas être représentatif sur ce point au sein de l'inspection du travail....

Des réactions ? Des témoins ? Des fumeurs ?

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Published by Inspection du Travail - dans Salariés mécontents
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commentaires

Inspectiondutravail 06/02/2010 08:28


Complément trouvé sur un blog à l'adresse http://laudes.over-blog.com/article-droits-des-non-fumeurs-44370479.html

Extrait : A titre d'exemple, si 25 350 inspections en entreprise ont été effectuées en 2008 en Irlande au sujet du tabac , la France, de son côté, a enregistré un peu moins de 2000 contrôles des
inspecteurs du travail l'année passée.


salsaye 01/01/2010 16:33


Normal ! On est en France ! Pays de l'indiscpline , de l'impolitesse et où les lois sont faites pour ne pas etre respectée !


Gerard Audureau 23/12/2009 10:05


L'association DNF ne peut que confirmer toutes les précisions apportées quant à la responsabilité de l'employeur et souvent aussi des représentants du personnel. Elle sait également combien la
mission de contrôle dans l'entreprise, par l'inspecteur du travail, peut être contrariée par l'annonce de sa visite. Ce qu'elle n'arrive pas à comprendre, c'est qu'un inspecteur du travail puisse
évacuer une demande d'aide ponctuelle formulée avec précision par une victime ou par une association. Il est pourtant facile et rapide de prendre son téléphone et d'appeler un employeur pour lui
rappeler ses obligations.

DNF n'attend pas d'un inspecteur du travail qu'il distribue des amendes forfaitaires aux fumeurs en infraction mais bien plutôt qu'il veille à ce que les employeurs respectent leurs obligations de
moyen et de résultat concernant la protection de leurs salariés confrontés au tabagisme passif. La preuve de l'efficacité de cette méthode préventive avait pourtant été apportée dans les quatre
premiers mois de la mise en application du décret.

Bravo pour ce blog


jaipatouvu 22/12/2009 21:20


J'ai apprécié votre propos et regrette que la plupart de vos collègues et votre hiérarchie n'ait pas une position identique à la votre. Il est probable que s'il en avait été ainsi nous
n'assisterions pas à ces dérives vis à vis de la loi antitabagique. Alors que pouvez-vous nous conseiller afin de revenir à l'application plus stricte de la loi et à son respect dans toutes les
entreprises ?


Inspection du Travail 22/12/2009 21:34


Mes conseils, dans l'ordre, pour obtenir l'application de la loi :

- En parler avec le collègue concerné s'il s'agit d'un cas isolé et que le collègue semble accessible ;
- En parler avec la hiérarchie et/ou le DRH ou le dirigeant, dans l'idéal par l'intermédiaire de représentants syndicaux ou du personnel s'ils existent, notamment si c'est une problématique globale
/ Il peut s'agir, dans un premier temps, de demander à ce que les petits panneaux qui rappellent l'interdiction de fumer soient installés avec une petite note de service et/ou une présentation
orale ;
- En cas de défaillance totale de l'employeur, écrire à l'inspection du travail, en indiquant explicitement que vous souhaitez une intervention et en précisant si vous souhaitez que votre nom soit
cité ou si vous préférez bénéficier du secret des plaintes et réclamations.

Et en cas d'inaction de l'inspection du travail, relancez et demandez pourquoi il n'y a pas d'intervention.

Et n'hésitez pas à revenir ici pour poster un message dans la catégorie "salarié content" ou "salarié mécontent", selon ce qui s'est passé.


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